Depuis l'adolescence j'ai toujours été attiré par le métal en fusion lié à sa dimension alchimique. Son pouvoir de transmutation exerça sur les hommes et les civilisations une véritable fascination. Le feu alimenté par l'air, contenu dans un foyer de terre ou d'argile, l'eau régulant les ardeurs du feu permettant de maîtriser la température font de ce flot d'énergie des quatre éléments, un milieu de prédilection où le minerai brut se transforme et s'affine jusqu'à devenir quintessence et noble substance. Le métal.
Il devient le point de convergence d'une alchimie des éléments, passant de l'état solide à l'état liquide, épousant la forme que l'esprit humain lui propose pour redevenir solide. Depuis la plus haute Antiquité et peut être bien avant, l'esprit humain y voyait une possibilité, durant ce changement d'état, d'y insuffler ses aspirations les plus hautes et d'octroyer au métal en fusion un pouvoir de protection mais aussi de puissance. Les premiers bijoux étaient en fait des talismans et bien souvent la puissance des dignitaires, sous l'œil vigilant des sages, s'appuyait sur le pouvoir magique d'une épée ou d'un sceptre. La beauté et la solidité étaient recherchées afin que l'objet gagne en force spirituelle et puisse perdurer à travers les siècles. Bien des légendes nous contes des histoires ancestrales ou des royaumes essayaient de maintenir le monde en équilibre grâce au pouvoir d'un objet qui avait été forgé ou fondu dans les entrailles de la terre avec l'aide des esprits des éléments. De nobles poètes, compositeurs de musiques, artistes picturaux et sculpteurs se sont inspirés de ces récits pour relater ce qui est enfoui dans les méandres de l'inconscient humain, les traces d'un monde abandonné mais prometteur de la plus haute connaissance spirituelle. Les forgerons et les fondeurs étaient considérés comme des magiciens reliant l'invisible au visible, véhiculant la science de la transformation des éléments. Certes, dans notre monde occidental contemporain, ces notions sont devenues pour beaucoup obsolètes. Mais en vérité, qui n'a pas porté un bijoux ou placé dans sa demeure un objet avec l'espoir qu'il soit porteur d'énergie pour un plus grand bonheur ? Cette pratique se perpétue dans bien des contrés d'Asie ou d'Afrique.
Dans l'antre de son atelier, le fondeur s'exerce patiemment à la maîtrise du mariage du feu et de l'air permettant la fusion. Il met à l'épreuve sa connaissance sur les matériaux réfractaires que lui fournisse la " terre " qui mélangés à l'eau lui serve à réaliser le réceptacle, la matrice, apte à recevoir le métal liquide épousant la forme qu'il a créée.